
Je peux prendre des livres, des peintures, des objets, comme des fruits.
Je vois en eux, je vois en elles — ces diverses formes que prend le langage, qu’il soit parole ou art — les fruits d’une relation.
J’aime découvrir des fruits, des fleurs, des plantes, des insectes, des animaux tout autant que des ruisseaux, des montagnes, des horizons que je ne connais pas. Ces fruits, ces êtres, ces lieux, ces objets, ces sons, ces voix, ce sont des formes qui émergent et avec lesquelles j’entre — ou je suis immédiatement — en relation.
De cette relation je fais quelque chose à mon tour, je forme un fruit, comme un fruit de l’amour — un fruit de mon investissement dans cette relation. Ce sera une parole, ce sera un écrit, ou une peinture, une photographie, un mouvement de danse, un chant, une musique, un souffle d’admiration, de joie, ou un sourire, un rire (combien de fois le rire s’échappe-t-il de moi tout seul, sans crier gare, quel plaisir léger, quelle grâce ! Le chant des oiseaux est-il ainsi, parfois ?)
E. Hopper, Le Pont des Arts, 1907
Quel beau texte dans l’approche de ce que notre désir vise dans l' »objet » et qui fait lien, au même titre que des cerises ou des roses dont nous faisons notre miel et notre partage! Il s’en est produit pour moi tout un fouillis d’échos bruissants. Et comment ne pas aimer cette peinture de Hopper, un lien encore, ce pont ou des silhouettes passent, comme poussées par le vent, tandis qu’au-dessous, « coule la Seine ». Des Arts, de l’art. Merci René.
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Merci de me lire.
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Quand je te lis, cher René, je traverse un pont et cueille sur l’autre rive ce avec quoi je me sens en affinité…Et j’aime que ce soit toi qui écrives.
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C’est une très belle manière que tu as de décrire l’acte de lecture. C’est bien en effet se retrouver sur l’autre rive et cueillir…
Autre chose : J’avais longuement hésité à réagir à ton commentaire précédent : « l’approche de ce que notre désir vise dans l’ « objet » et qui fait lien » , ceci me dérangeait beaucoup car me renvoyait une très grosse maladresse que j’avais commise : je ne voulais parler ni de désir ni de lien mais pour éviter qu’une formule galvaudée ne vienne se superposer au mot qui me venait (amour), j’avais triché en écrivant « désir » pensant « qu’on me comprendrait » ! Du coup, je restitue dans le texte ce mot originel. Comprenne qui voudra !
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Oui, comme tu l’écris « fruit de l’amour ». Pourtant, c’est bien, avant toute rêveuse élaboration, au désir que s’adresse » l’objet » qui nous fait signe, qui nous fait sens, créant ensuite un lien d’amour dans la singularité, puis son élargissement à tout le vivant. Mais ce n’est que mon regard…Donc, « désir »?, »amour »? Les deux?
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