oiseau

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Comment peut-on être oiseau ?
L’exil vous transforme en oiseau
vous enlève le sol de sous les pieds, et avec le sol les bras, les fontaines, les soirées et les nuits, les routes, les bureaux, pour écrire et lire et discuter, les sourires de tous les autres.
Vous devez sautiller frileusement,
mais sans la grâce de la bergeronnette,
vous êtes plutôt comme le martinet qui se traîne au sol, incapable de rejoindre ses compagnons joyeux acrobates du ciel dont le destin l’a décroché — car ce n’est pas un héros non plus, pas un oiseau blanc aux ailes de géant — c’est un martinet noir, black comme un corbeau, un paria, un terroriste.
Voilà ce que vous êtes, rejeté de vos frères
Vous êtes eux-mêmes, ce qu’ils ne veulent pas voir
ce qu’ils fuient d’eux-mêmes, vous êtes l’humain, le misérable.

Saadi dans un jardin de roses, Attribué à Govardhan

À écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/poesie-et-ainsi-de-suite/poesie-et-nuit-persane

6 réflexions au sujet de “oiseau”

  1. Tant de douceur, tant de raffinement dans l’amitié, tant de beauté du jardin de roses pour Saadi et, à l’opposé, la brutalité pour le martinet migrateur qui, ayant touché le sol hostile, ne peut pas trouver l’accueil. Je voudrais unir mes mains en coupe pour le prendre et lui rendre son essor et son amour de soi, loin des dieux obscurs et obscènes, loin de tout rejet implacable.
    Du contrepoint image/texte et des mots poétiques jaillissent émotion, désolation, et pourtant l’espoir, même très mince, parce que l’art, disant cette vérité, aide à y résister.

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  2. Il m’est arrivé de rendre son essor à un martinet, non en unissant les mains en coupe car son amour de soi est si violent qu’il est très difficile de le saisir mais si on y arrive il se jettera au ciel comme un fou par la fenêtre ouverte, même s’il a passé plusieurs jours seul épuisé à traîner son corps sur le plancher du grenier.
    Le migrant humain arraché à son milieu de vie, à sa culture, a plus souvent des barbelés que des mains qui se tendent devant lui.

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  3. J’aime la sauvagerie de cet amour de soi du martinet. Les migrants humains ont bien peu de latitude pour pouvoir l’exprimer. Ce n’est pas la sauvagerie de l’amour de soi qui leur est opposée mais celle de la haine de soi.

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    1. Nous parlons d’une haine qui ne sait pas que son objet est son semblable, son autre redouté. Les deux « sauvageries » – d’amour et de haine – convergent, malheureusement, non seulement dans l’affrontement à l’autre mais aussi en l’un. J’estime maintenant, Noëlle, avec la lecture de ta remarque, que j’ai fait moi aussi de trop abrupts raccourcis, des interprétations : « le haï de lui-même », comme « le Dieu qui vous écrase », et je les retire.

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  4. Oui, René; et ce que tu écris évoque à nouveau pour moi l' »hainamoration », mais surtout le « Soi-même comme un autre » de Ricoeur où il introduit de l’Autre dans le soi et où j’aurais tendance à y introduire de l’autre tout simplement, c’est à dire du « toi » , de sorte que si je t’aime, je m’aime et nous aime et si je te hais, je me hais et nous hais… et que « tu es mon autre » n’est pas une mince constatation. Le dire ainsi évite toute « déification »…peut-être pas tout paradoxe intime, mais ce ne peut-être dès lors sans le savoir et en tenir compte.

    Je pars à Paris demain jusqu’à jeudi et compte dans ce laps de temps rester en déconnexion. Très bon début de semaine à toi.

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  5. Et voilà que je réalise qu’il y a du « soi-même comme un autre » dans « un jardin de roses »!!! Et puis une info pour toi : si tu en as l’occasion va voir le film « carré 35 » : chef d’œuvre, de ceux qu’animent des résistances vitales.

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