Rencontres

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Ce livre le tourmente.
La nuit, Martin ne quitte pas les rues qu’Andres a laissées dans le livre. Comme une toile d’araignée à ciel ouvert. Tendues pour lui-même dans La Havane, et laissées comme du linge qui sèche aux balcons. Le cerveau de Martin s’en est emparé, dans sa nuit. Elles se sont effondrées dans sa mémoire. Elles le retiennent dans des coins sombres des châteaux d’enfance, dans des dédales et des clairières restés ouverts sur le futur, des rendez-vous, des partages, qui ne peuvent finir, comme la lumière des étoiles.
Tandis qu’Andres arpente ses lointains horizons, à petits pas, un peu au-dessus du sol, entre deux consciences lui aussi, Martin l’accompagne incognito, sournois, lui tire ses fils, les tend et les détend, les allonge à travers la profondeur des mers, l’immensité des ciels et le poids des années, sans que ni l’un ni l’autre ne le sente.
Ce sont deux êtres fictifs, celui qui est rêvé, celui qui est écrit. L’un crève la surface du jour, l’autre celle de la nuit. Ils ne se connaissent pas mais ils sont reliés par le fil du livre-araignée, ils se touchent à l’aveugle, sans le savoir, ils jouent sur le même instrument.
A son tour, Martin s’éveille, il déambule dans ses rues, de sa démarche d’oiseau, il connaît sa chance. Il ne prend pas de photos ni de notes. Il tourne le dos à Andres, qui dort encore à cette heure, de son côté de l’océan. Le jour il a déambulé dans l’avenida 20 de mayo, avec son appareil-photo et son calepin comme nécessaire de survie ou plutôt de sur-vie, de vie en suspens de métamorphose.
Martin s’arrête. Il voit le monde qui bouge autour de lui. Un homme accoudé sur un haut guéridon à la terrasse d’un bar le regarde. André ! se dit Martin.

photo r.t

Une réflexion sur “Rencontres

  1. Émotion…des « partages qui ne peuvent finir comme la lumière des étoiles », de ces fils invisibles reliant ceux qui se connaissent, ceux qui ne se connaissent pas, ceux qui, se connaissant ou pas, se re connaissent …Comme Martin reconnaît Andres, comme le lecteur reconnaît l’auteur, comme chacun, dans les mots, reconnaît les siens. Reconnaissance!

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