fossiles

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Voir un arbre, c’est voir le passé et l’avenir d’un seul regard.
Tout aussi bien que prendre une graine dans sa main. Elle qui contient tout le passé prêt à germer. De l’avenir et du passé à tout instant nous sommes traversés. L’arbre danse avec ça.
Mais l’homme a le goût des fossiles. Depuis qu’il est descendu des arbres il n’a plus guère le goût de danser. Il a dessiné ses prés-carrés, creusé son trou et construit ses bras articulés afin de tout dominer autour de lui – etc. Cette humanité-là est un cancer pour la Terre – peu à peu elle s’en extrait.
Il lui manquait le ciel – des feuilles, des fleurs, le ciel débridé des singes nomades. Il lui manque maintenant la terre. Cette humanité s’en va.
La petite part qui reste sera réabsorbée par la nature terrestre.
Ceux qui seront partis – les nouveaux dinosaures – auront laissé provisoirement quelques fossiles, tours eiffel rouillées, dans le paysage. Il est toujours temps de quitter le vaisseau fantôme.

photo r.t

équilibre

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Nous recherchons l’équilibre.
L’équilibre de la marche. L’équilibre de la respiration.
Équi libre – Libre d’un côté et de l’autre.
Ce n’est pas se sentir au centre, mais se sentir latéralisé – funambule, ne tombant ni d’un côté ni de l’autre.
Vie et mort.
Nous nous sommes mis debout en devenant conscients de la mort et de la vie. Nous avons fait face au risque. Quelle stimulante aventure, exaltante, de la fragilité et de la puissance. Entre l’hubris et la terreur. Nous avons su que nous étions les seuls êtres conscients de la mort et de la vie. C’est pourquoi nous avons créé les dieux pour ne pas porter seuls cette insupportable responsabilité.
Et nous nous sommes tranquillisés. Nous avons géré petitement notre équilibre, en regardant à nos pieds, le transférant dans les choses, dans toutes les choses du monde – objets, animaux, plantes et pensée. Nous avons échafaudé.
Mais toujours notre regard s’emplit de bonheur quand nous sommes debout face à l’horizon. Seuls nos pieds pataugent dans la merde – notre merde.

photo r.t

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Quand les saisons roulent sur les toits, le jour et la nuit se confondent. Ils ne sont pas différents, ils s’échangent leurs masques, se cachent l’un dans l’autre. Des lumières, des couleurs, des ombres, déversées par paquets chassés par l’hiver ou accumulés contre les rives du toit. Des lunes renouvelées, recomptées, des étoiles, des nuits renversées, les choses parlent plus que les mots. Elles n’ont pas besoin de mentir, d’inventer. Les choses : ce que l’on voit, que l’on touche, que l’on perçoit, qui apparaît, disparaît, tout ce qui est hors de nous. Alors ça se met à parler, quand le son dans la gorge a rendu ses derniers mots, ça tricote une nouvelle langue, de nouvelles couleurs, la métamorphose court, nous emporte. Nous tisse en même temps un filet solide où rebondir, des cordes plus rêches, plus sèches où mettre les mains, ou des arbres ou des parfums de neige.

photo r.t