Comprendre : non, je ne comprends pas, je viens de renoncer à comprendre, de tous les renoncements successifs, heureux renoncements, c’est le dernier immédiat, nouveau, inattendu comme tous et comme tous grandiose et porteur, j’avance, je continue, sortant tout mouillé de la rivière du sommeil, ou du rêve, ou de la lecture — sorti d’un livre que je viens de finir, revenant aussitôt aux premières pages, y replongeant, voulant les réécrire, c’est-à-dire les recopier, les réimprimer puis non, les relisant, ces lignes qui avaient fait que je m’embarquai aussitôt pour les 500 pages bien serrées qui m’ont occupé une semaine, qui sont devenues presque mon corps, allant du même mouvement, une voix, une écriture bien plus que seulement des histoires : mon prolongement, moi-même rivière, et tout là-haut le ciel et le soleil, au contour flou, envahissant et incessant lui-même — sortant de la lecture avec pour seule envie de renvoyer ce livre dans le grand circuit, déjà renouvelé, du présent, chargé de désirs suspendus au besoin impérieux de transmettre ce qui vient de m’abreuver, pensai-je, de faire circuler ce même fleuve premier, de projeter : Lisez, lisez pour vous occuper, vous n’aurez pas le temps de faire la guerre. Comme une sorte de raisonnement submergé — l’isolement, la solitude comme rançon, quelle blague, quelle courte vue !
Et je baigne à nouveau, crayon qui écrit.

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