Je ne sais pas où ils sont, tous, je les ai perdus de vue. Ils se sont égaillés dans la nature. Le printemps, sans doute, qui se fait radieux, qui va vers l’été, les a appelés. Qu’ils en profitent. Je ne sais pas où les chercher, si je dois les chercher. Ils me donnent deux occasions d’aventure : l’une, de partir à leur recherche, et je suppose que chacun est quelque part de son côté, l’autre, de me perdre moi-même, de m’offrir une grande évasion. L’évasion salutaire, l’occasion que je n’attendais pas, tout en pressentant bien qu’un jour ou l’autre je devrais me séparer d’eux, prendre mes distances, grandir enfin, achever mon émancipation. Je n’ai fait que quitter, abandonner, renoncer, toute ma longue vie… après avoir emprunté tous les chemins — tous ceux qui m’ont tenté — et chaque fois pour déboucher sur un dépassement, une déprise, un allègement matériel de plus en plus conséquent.
Je me suis trouvé tellement seul, tellement loin des habitudes, des aménagements, des constructions qui nous rattachent, nous retiennent à notre société… que j’ai dû m’inventer des compagnons, me matérialiser mes indispensables toujours présents acolytes, me rendre plus palpables mes modes de vie, mes tentatives de réalisations, mes rêves… et cela pour les renforcer, les incarner mieux, m’en donner consistance. Voilà où ils sont partis : en fumée ! ou peut-être en parfums, en air transparent, frais, bon à respirer, ils sont ma respiration, c’est aussi simple !

Pierre Boncompain

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