Après avoir lu un peu, observé un peu — un merle à un pas de moi dans les feuilles grattant, sautillant et même chantant comme pour lui-même de courtes phrases joliment ciselées, un pinson des arbres silencieux dans sa voltige vagabonde —, tendu l’oreille à d’autres petits grattements, surpris un autre merle dispersant vivement des petits projectiles du bout de son bec, sautillant comme un ressort, vu, senti, admiré, habité toutes sortes d’arbres de toutes formes, de tous verts, croisé, entendu, côtoyé des personnes, m’être agité comme une vieille branche malgré moi, calmé, décidé à écrire, livré à une pensée, une autre, délivré d’elles pour en filer d’autres, je dois me rendre à l’évidence, c’est ici que je me trouve, c’est ici que je me trouverais si je devais me chercher, parfaitement intégré, à demi caché, dissimulé, disséminé parmi tout cela, ces pas rythmés que j’entends, ce merle qui pique du bec dans son trou et me regarde par à-coups de son œil cerclé de jaune orangé, vision disparate moi-même, soleil éparpillé, circulations croisées, alternées, superposées, enchevêtrées de chorégraphies animales, végétales, aériennes, de sensations douces posées sur la peau, insufflées en dedans, de toute évidence mon habitat naturel, propice, prévenant, prolifique et abondant de cachettes, des fourreaux brodés de lierre où j’imagine monsieur Nuit, des arpèges d’églantines qui me suggèrent monsieur Temps, rien qui fait partie de moi et des miens n’est absent d’ici. Ce n’est pas une trouvaille mais c’est une confirmation que me chante le crayon : pour lui, il n’existe pas de moi, il y a seulement tout ça.
Et parfois Je et Tu surgissent de là.

Hélène Duclos