Le lendemain je me dis Comme ce sera long, voyant que ce bout de métamorphose ne tient pas, qu’il faut recommencer les mêmes notes, le même rythme, les mêmes changements de doigts, ralentir pour que les yeux puissent suivre alors que c’est eux qui sont censés être en tête, agiter les notes de la partition devant les pattes du cheval et non à l’inverse mettre les pattes avant les yeux, pourtant je me dis Le cheval est destiné à être plus rapide, d’ailleurs on lui met des oeillères, les yeux ont tendance à se disperser, à se relâcher, entrevoir une aire de repos, des feuilles vertes bien fraîches à grignoter, une prairie où s’allonger. Je sais qu’il faudra choisir, les jambes ou les yeux, les yeux ou les jambes, avant qu’ils ne sachent vraiment travailler de front, les yeux apprenant à faire avec leur défaillance croissante si les pattes au contraire — les sabots — sont encore neuves, ont presque tout à apprendre ici au bout des doigts. On ne devient pas cheval sans abandonner ses anciens yeux, et puis les oreilles vont guider davantage. Comme ce sera long, comme ce sera long.
Mais ce sont déjà des yeux de peintre que tu as. Apprends à avoir plusieurs corps, dit le peintre, regarde comme le crayon écrit en aveugle de mieux en mieux, la mine plongée dans la nuit, s’il le pouvait, s’il pouvait faire remonter la vase, je me chargerais bien de la colorer, de la modeler, allez, ne t’en fais pas, nous avons de beaux siècles devant nous.
Beaux, peut-être pas, écrit le crayon, je ne suis pas aveugle, cela dit.

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