Chaque matin, très tôt, les merles sont les premiers sur le métier, à renouer le monde.
Plus tard, j’ai tellement envie de sortir plonger dans l’air et la lumière, retrouver l’ami, découvrir l’inconnu, que je me mets vivement au piano.
Sur le grand clavier mes mains sont intimidées du long champ qui attend, noir et blanc, appelle l’audace doucement.
Déjà je joue, sans assez bien connaître le bel espace à parcourir mais pourtant monsieur Temps et monsieur Nuit sont dans mes mains, convoqués, puis disparus en elles, l’un pour être le présent du mouvement, l’autre apporter la masse mouvante et insondable de pensée. Je sens le présent jaillissant ou lentement éclos, je porte sa traîne emplie de nuit.
Les mains, un instant, peut-être imparfaitement, en titubant, sont devenues savantes, elles conduisent le navire voiles tendues fendant l’écume de la mer bleue.
Lorsque je sors, finalement, débarquant d’un voyage, je retrouve la rue nouvelle et inconnue.

Edward Hopper