Je vais sur le piano comme sur la mer d’origine, qui me portait, où je faisais mes creux et mes vagues à ma mesure à mon rythme, c’était tellement parfaitatoire que j’en connais encore les bienfaits, qu’ils m’attirent encore et que je n’hésite pas, je suis mes impulsions, je vais sur le piano à tout moment. Seulement il faut que je réapprenne, tout le bon savoir bien être a disparu — s’est éloigné — et maintenant, patiemment, je le retrouve éparpillé, les morceaux du cheval, ces vieux os près d’être fossilisés qu’il faut réincarner.
Des souvenirs, des vestiges, des reconstructions, des rêves s’affairent, se bousculent sans relâche pour me rendre ce que j’ai perdu, tenter de me remettre en selle puisque je suis tombé méchamment, en catastrophe, au lieu de naître une fois bien préparé.
Je vois maintenant mon ciel étoilé. Il est là si brillant et limpide, ce n’est pas encore la Voie lactée mais c’est déjà des petits tétons bien brillants, quoique lointains.
Au bord du chemin à tout moment je peux voir monsieur Nuit, avec son seau pour abreuver le voyageur — sinon lui donner de vigoureux poissons qui semblent venus du fond du monde, peut-être même, tant ils vous charment, du fond de vous-mêmes.

August Macke

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