Il écrit nu. Il revient à l’époque de sa jeunesse où cela se faisait couramment. Mais on n’est plus dans la société-spectacle, tout cela s’est fissuré et il voudrait savoir à peu près où on en est. Le cheval est très réticent. Il réagit en provoquant toutes sortes de douleurs, dans les pieds, dans les jambes, les reins, même la face, le crâne… c’est insupportable. Le crayon voudrait lire ce qui s’écrit. Il s’imagine l’un des quarante voleurs. C’est une société de la survivance à laquelle il participe, il aspire, pour être plus exact. Elle n’existe pas encore. Entre la nuit et le jour il transporte des ballots, souvent informes, incertains de contenir quelque chose. C’est le cheval qui lui part en morceaux dans les muscles ou qui le harcèle avec des aiguilles qui le transpercent. Il fuit (le crayon) il change d’endroit sans cesse, entre la nuit et le jour, pour disperser le cheval. Je (dans tout ça) je perds tu, je perds la trace entre nous, entre nos époques, nos temporalités différentes, fissurées par les éclairs de douleur du cheval. Je suis alors la maladresse et je me sens devenir ridé comme le grand-père quand il pleurait dans son berceau et qu’on le croyait rire, quand il n’arrivait plus vraiment à renaître, lorsque les mères n’étaient plus nos mères et qu’il fallut périr. Femmes, hommes, animaux, nous nous préparions, nous étions en train de devenir des plantes. C’est ainsi qu’un récit pourrait se développer encore, végéter encore, végéter encore à nouveau longtemps, pour se développer à nouveau par une rencontre fortuite de deux personnages, qui se cognent ou se surprennent… dans la quiétude d’une promenade ou dans l’accumulation des maladresses, des pertes de mémoire, des confusions de la poésie, de l’âge ou de la folie.

Chaïm Soutine