La ville, qui s’est terrée toute la nuit, oublie de se réveiller, elle est inerte face au triomphe impressionnant du soleil. Sans doute culpabilisée elle reçoit son ardeur éblouissante et surtout ses remontrances, sa provocation véhémente, ses assauts de trompette enjouée, la chaleur de son coup à l’estomac. Quelle énergie, n’est-ce pas ? Tu la mesures ? Qu’en fais-tu ?… Je peux tout faire… tu le sais… tous tes besoins je les satisfais… Toi tu fais des bombes, du béton, des armes pour te détruire… Hahaaar ! mais tu as vu ! l’impétuosité des plantes et des rivières, tu vois la dentelle de corail et le réservoir des océans ! tu entends le chant des cigales qui lancent le moulin, tout ce souci de la nature pour elle-même, tu n’ignores pas que je suis derrière ! Hahaaar ! Gros homme brutal et jouisseur, content de toi !… résonne l’imprécation solaire dans les rues.

Matin bleu à nouveau m’éveille lentement, a grouillé la nuit violette et noire dans ses blancheurs de lune, grouillent maintenant les merles, les tourterelles, les moineaux, les corbeaux achèvent la confusion dans des aboiements sourds, des roulades de timbales et des sifflets de martinets soudain courent à la fête. Le crayon s’était rangé à côté des bras, sur ses feuilles, la grise démangeaison du graphite s’est éveillée comme un jeune désir. Des enfants sont déjà sur pied, la lumière du jour est dans la corolle de leurs yeux épanouis. Et le piano-cheval joue avec la mine du crayon. Presque personne pour leur tenir les rênes, nous sommes tous un peu fous, illuminés, fadas… mais des diables quelque part existent bien et font leur œuvre. Mais ça nous connaissons déjà, ça n’est plus un secret pour nous.

Marie Hubert

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