Quand tu es dehors tu joues, tu es méconnaissable, tu redeviens le poulain tout fou. Tu dessines un piano à queue d’un saut, d’une gambade. Avec ta crinière tu te fais un chapeau qui tambourine comme un drap dans le vent. Le peintre réussit à te capter, oui, parce que tu traverses sa toile, à son intention, en jouant tous les deux. Et vous n’êtes pas tout seuls tous les deux dans la peinture, le peintre ne peut s’empêcher de se voir en Vincent, Van Gogh avec lui sous le même chapeau de paille, ses jambes qui courent après un papillon, sa palette qui suit et qui précède, qu’il chasse avec le filet de sa main percée de soleil.
Et ton tableau tu le retournes, tandis que le cheval se roule par terre. Et puis, tout est fini, vous repartez côte à côte sur le chemin, vous disparaissez tandis que le crayon tapote ses mots contre son cœur et tout d’un coup il sort du sac, s’appuie sur une pierre à l’ombre, ses yeux mouillés, roulant sur le papier.

Henry Moore

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