Sous l’ombre légère et mouvante d’un jeune érable que quatre pattes d’échassier gardent la tête haute dans leur cadre de bois à l’intérieur duquel une courroie tendue devait tenir en collier l’arbre dressé à grandir verticalement, mais aucune courroie n’occupe plus ce cadre et le jeune tronc, toujours svelte est sans doute suffisamment fort pour s’élever tout droit, dépassant d’un bon demi-mètre la hauteur du cadre, lance ses branches bien feuillues vers le ciel, c’est elles qui projettent maintenant au sol cette ombre douce, animée de miroitements et de constellations de formes dansantes qui se répandent, vont jusqu’à monter sur les pieds nus dans les sandales et plus haut sur la feuille qui se couvre de mots tracés au crayon, lentement, la main n’a pas la souplesse des branches, ni leur abandon à la brise, elle est tenue par un cerveau dense, compliqué, incertain… Où est Myla ? ces mots sont restés en suspens. Voudrait-on partager avec elle ce bain de lumière et d’ombre, cette douce aventure des formes et de l’air caressant… mais partage-t-on quelque chose, ne faisons-nous pas tout au plus que superposer nos expériences, dans ces moments où nous sommes tout près, à quelques centimètres, à peut-être nous toucher… ce n’est pas le partage, mais le désir. C’est le désir qui projette le partage ou l’invente. Il joue le rôle de l’arbre, il dessine non plus sur le sol, mais sur l’autre près de lui, le bonheur. C’est pourquoi à l’instant, il a cru voir Myla, ses dessins d’oiseaux pareils à ceux que dessine l’arbre avec son ombre.

Alexandre Hollan