Je fais maintenant porte ouverte. C’est un air de liberté dans la maison, un printemps de diversité incontrôlable. Je vais de l’un à l’autre, de mes champs, de mes amis, de mes lunes, de mes palettes, de mes rues, de mes arbres, il me faut trouver un rythme dans toute cette société.
Kelcun me souffle doucement… respire ! ce n’est pas une cohabitation, c’est une coexistence, comme la fleur respire avec le soleil, avec le papillon et l’abeille, tu es tantôt le vent qui souffle, l’eau qui coule ou la couleur de la fleur, le bec de l’oiseau qui se nourrit, c’est toi le plus chanceux ! respire… passe à autre chose, laisse fonctionner la paupière, le cou de l’oiseau, laisse porter les ailes sur le vent. Tout en ne l’écoutant plus je joue cette pièce qui ressemble à une averse, par toutes petites séquences que j’interromps pour me lever, respirer, écouter, regarder qui vient de sortir ou d’entrer, ce qui se peint à côté, ce qui s’écrit. Cette petite pièce, averse, je finis par la jouer presque bien, elle met un jardin dans la maison. Ce n’est pas Debussy, ou Ravel, mais c’est une petite part que j’apporte à la vie délicate de cette société. Sur la couverture d’un livre une vieille photo bleutée d’Élisée Reclus, sur la table dans sa barbe, ses cheveux gris et une douce rêverie dans son regard attentif.
Un homme sort avec son chapeau, son pardessus, ses dossiers sous le bras, sans saluer personne, à petits pas, sans se faire remarquer, il n’a pas l’air fâché, son dos tourné semble dire : faites sans moi, tout va bien, je reviendrai. C’est le philosophe. Je comprends qu’il emporte la mort dans ses dossiers, celle que nous avons discutée : l’idée de la mort. Car la mort on la retrouve éparpillée partout, elle est revenue s’adosser à la moindre petite chose, à chaque petite ou grande parcelle de l’existence, et quand elle n’est pas adossée c’est elle qui fait face mais la vie est dans son dos. Cela permet à chacun de jouer à sa manière. Le philosophe saura revenir pour l’observer.

Chaïm Soutine