Je ne l’ai pas entendu entrer, je l’ai senti derrière moi qui parlait déjà, comme chez lui, simplement on ne le voyait pas, comme tous ces personnages dans la rue auxquels sont en train de parler les gens qui vous croisent, sans vous voir. Ce Kelcun, je le connaissais. Nous avons été colocataires, pendant plusieurs années je crois. Je ne le voyais pas mais il se servait de mon ordinateur et sans doute d’un peu tout dans la maison, ou en dehors, je n’étais pas gêné, je pense que je l’appréciais, comme une amitié proche.
Il doit être de passage, je ne sais pas s’il compte se réinstaller mais je crois que ça ne posera aucun problème s’il le fait. Je pense à Jacques qui vient de temps en temps sans prévenir, sans même que je le sache, bien souvent. Au fond, ce sont des invisibles, des personnages subtils, leur présence peut-être bouleverse les choses, fait le ménage en profondeur, et il peuvent repartir sans demander de compte, sans même se signaler. Mais je peux m’apercevoir de leur passage, parfois longtemps après, jusque dans la part la plus intime de chez moi, presque comme si nous avions dormi ensemble, profondément.

Edward Hopper