Chacun de nous est, en réalité, un résumé de tout ce qu’il a vu, entendu, vécu, de tout ce qu’il a pu s’assimiler par les sensations. Dans la pensée du philosophe cette phrase d’Élisée Reclus, alors qu’il sort de l’appartement en pleine effervescence quasi printanière.

Dans la rue je croise une jeune femme, beau visage, beau maintien — ces termes empreints de la douceur d’une chantefable du Moyen Âge viennent me secourir alors que je suis très embarrassé avec les mots d’aujourd’hui — elle me renvoie un regard sans sympathie, presque atteint, presque blessé, lui aurais-je montré un visage agressif… au même instant où je me devine un désir, bleu ciel, mes yeux venus à hauteur des siens après s’être fixés sur l’approche d’une femme-poisson, hanches moulées dans le jean, creux dessiné de l’entrejambe, sa silhouette venant de loin sur la longue focale du trottoir, comme dans un film ou un défilé de mode, avant de nous croiser… Et bien sûr que mon regard l’a touchée.

Qui sommes-nous, au travers de quelle épaisseur d’histoire, individuelle, sociale, culturelle, historique, géographique, anthropologique… chacun qui nous croisons ?

Aperçu du texte d’où est extraite la citation d’Élisée Reclus : butin

André Derain, nu debout, pierre, 1907

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