Les doigts, la pulpe de trois doigts, se saisissent de l’étonnant petit arbuste, ou tige bourgeonnée, ou bouton pédonculé, cocon, baie, petite tête, petit corps encore endormi, pour le réveiller, à petites caresses redondantes car il réagit immédiatement à ce doux dérangement, il semble remuer mollement, de l’intérieur, se retourner comme une boule dans le gonflement de lèvres qui le pressent, le petit corps comme une sucette qui revient à la vie au lieu de fondre, gagnant rondeur, allongement en même temps que souplesse, la petite tige grandissant, soutenue par les tendres lissements de la gaine digitale, s’éveillant comme un têtard tiédi quêtant l’espace, émergeant hors du sol, serpentant en direction du soleil, dans un élancement vers l’aspiration jaune, le fleurissement, le mouillement pressenti, le lent, progressif envahissement de lumière à travers la forêt embellie, dans la percée chaude des sources, dans la forte chaleur gourmande de la terre.
Monsieur Nuit remue dans son sac, déploie ses genoux tièdes, satisfaits, sort le bras le long des bretelles qui le soutiennent, tend la main vers le crayon, qui apparaît.

Afifa Aleiby