Un placard dans le mur, portes de bois peint en bleu ciel lavande indigo clair, très beau, comme sur toutes les portes de cette pièce, couleur aimée depuis le lointain premier jour, pourquoi aime-t-on une couleur… cette couleur précisément, peinte sur ce bois, non pas dans l’absolu… j’aime d’autres couleurs, d’ailleurs, pourquoi… pourquoi aimer des couleurs, quand on a fini par s’être débarrassé de tout, ou presque, jusqu’à son identité (il y a bien quelque chose qui persiste de ce côté, qui tient, non identifiable, comme des lambeaux de chair ou des lambeaux de vie). La rivière et ses couleurs…
Dans la maison presque vide, dans le placard comme dans une armoire j’ai accroché monsieur Temps sur un cintre : costume vide, gris clair souple et tendu, très élégant, satiné. À côté de lui monsieur Nuit pendu comme une chauve-souris, non pas par les pattes mais par les bretelles de son sac, dans lequel il tient roulé en boule.
J’ai gardé le piano, noir, mat, piano droit en forme de cheval, de profil, le cheval s’y tient immobile maintenant. Tous les trois (dans le placard, dans le piano) me laissent apprendre mon autonomie, faire mes petits progrès en direction de la vie sociale, dont je me suis laissé tellement distancier. Sans doute mes trois amis me montrent-ils la voie : insérés dans leur meuble, ils n’en sont pas moins savants.

Magritte

Votre commentaire