Elle ouvre ses charmes, là, du jour au lendemain. Le petit rené n’est pas prêt, mais il plonge, il se laisse happer dans le grand lit de douceur, de volupté. Il ne sait plus si c’est sa mère qu’il retrouve, tant préparée à devenir la femme qu’il aimera ou si c’est une imposteuse, une étrangère venue pour l’emporter et le transmuer à travers le brasier d’amour en un gitan musculeux, luisant de peau cuivrée comme les armes des guerriers, féroce et conquérant.
C’est ce qu’il lui est arrivé, bien trop tôt pour qu’il puisse en faire un destin, une montée des marches, une entrée dans la cité ou dans la forêt des combattants et des vainqueurs. Il a donc joué au jeune héros, au petit dieu, restant l’enfant en même temps que le petit bandit sur les routes d’une vie qui ressemblait à un jardin.
Cette nuit cet homme lui a raconté son histoire — son histoire à lui, celle qu’il n’avait jamais su lui-même mettre mot sur mot comme un jeu de cubes (un jeu de quilles, pensa-t-il, et il avait raison : des quilles petits bâtons dressés entrechoqués par une grosse boule) — assez simple donc, mais douloureuse, même s’il fut incapable de le ressentir. L’homme en bleu, le petit rené qui portait le même prénom que lui, s’arrêta au petit matin pour disparaître dans le jour naissant. Le crayon aussi s’est interrompu, il a ouvert un petit carnet plus à sa taille sur lequel il se plaît à sautiller, petit poucet revisitant ses aventures d’une autre vie — il a tu le principal, ce qui est venu ensuite, les retours de bâton, les bastonnades, les meurtrissures, les enfants perdus, et engloutis dans d’autres forêts. Il ne peut plus s’attarder, le jour est entré dans la maison, toute esseulée au milieu de la rue.

Pramod Prakash