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Régine Mondon1r

Je suis allé faire un tour dehors.
En rentrant je ne pouvais plus respirer, mon cœur ne pouvait plus battre librement, je ne pouvais plus imaginer rester un instant de plus dans cet intérieur oppressant. Les fleurs m’avaient été otées de la bouche. On avait retiré l’air de mes poumons avec un tire-bouchon. Les parfums avaient été piétinés, les nuages avaient été ficelés au-dessus des arbres, je les vis un instant par la fenêtre. Tout était sale, gris, on était en train de tirer des rideaux de poussière, de soulever des grilles de fer pour nous habiller, à même la peau. On nous pressait les uns contre les autres sur des murs de cadavres qui geignaient, qui grognaient et aboyaient, qui nous enfilaient leurs moignons dans les côtes. Je ne pouvais pas hurler, j’étais baillonné de l’intérieur par des poussées de fantômes que d’un coup je crevai de ma plume, de mon stylet quand je me mis à écrire, qu’ils se dégonflèrent, s’écoulèrent et dehors le soleil revint à la fenêtre, radieux. Je ne savais plus qui j’étais. J’allais pouvoir retourner là où je n’étais rien. Rien d’autre que vie qui respire, sent et se meut parmi mille autres formes mouvantes se déployant, m’offrant leur espace en partage, tuiles du toit baignées du lait des nuages.

Dessin de Régine Mondon