outils

Régine Mondon1r

Je suis allé faire un tour dehors.
En rentrant je ne pouvais plus respirer, mon cœur ne pouvait plus battre librement, je ne pouvais plus imaginer rester un instant de plus dans cet intérieur oppressant. Les fleurs m’avaient été otées de la bouche. On avait retiré l’air de mes poumons avec un tire-bouchon. Les parfums avaient été piétinés, les nuages avaient été ficelés au-dessus des arbres, je les vis un instant par la fenêtre. Tout était sale, gris, on était en train de tirer des rideaux de poussière, de soulever des grilles de fer pour nous habiller, à même la peau. On nous pressait les uns contre les autres sur des murs de cadavres qui geignaient, qui grognaient et aboyaient, qui nous enfilaient leurs moignons dans les côtes. Je ne pouvais pas hurler, j’étais baillonné de l’intérieur par des poussées de fantômes que d’un coup je crevai de ma plume, de mon stylet quand je me mis à écrire, qu’ils se dégonflèrent, s’écoulèrent et dehors le soleil revint à la fenêtre, radieux. Je ne savais plus qui j’étais. J’allais pouvoir retourner là où je n’étais rien. Rien d’autre que vie qui respire, sent et se meut parmi mille autres formes mouvantes se déployant, m’offrant leur espace en partage, tuiles du toit baignées du lait des nuages.

Dessin de Régine Mondon

9 réflexions au sujet de “outils”

    1. J’entends de tes mots la suspension et l’interrogation. Car on ne peut pas circonscrire le réel, mais on peut y trouver sa place.
      La fascination-action de certains artistes plasticiens pour le visuel et le tactile en même temps joue le même rôle, peut-être, que pour moi l’écriture.
      J’ai la chance d’avoir dans mes mains ce dessin de Régine Mondon (peinture et crayon sur bois), il fait partie d’une série dont une origine (mais qui n’est plus visible, ni autrement indiquée, donc je ne devrais pas en parler) est la danse et le pied de la danseuse (ou du danseur) – mais c’est ta brève remarque, dans sa première partie, qui m’y conduit.

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  1. Parlons-nous du même réel/Réel? Celui auquel je pense est l’impossible, l’indicible. Pourrait-on y trouver sa place comme on la trouve dans le réel/réalité…ou juste en accrocher quelques brins dans l’écriture et dans un tracé dansé (ce que tu dis de celui-ci me touche). Par ailleurs me revient ce que tu écrivais un jour : « Le mot est le silence » et qui ne cesse de m’occuper dans tous les sens. Bonne soirée à toi.

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    1. C’est bien de ton Réel que je parle (en le disant impossible à circonscrire-dire-écrire…), c’est bien cela (aux mots de Lacan je préférerai là ceux de Maldiney : « le réel, c’est ce qu’on n’attendait pas »), dont je dis qu’on peut y trouver (y reconnaître) sa place, celle d’un rien, justement, d’un existant (ou comme le dit encore Maldiney, de « la déchirure d’exister »).
      Mais pour cela, et c’est ce que je voulais dire, il faut ces outils : l’art, la poésie… et d’autres encore, c’est pourquoi je dis seulement « outils ».

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  2. J’aime bien le réel de Maldiney -que je ne connais pas mais ça me donne envie de l’approcher- tel que tu l’évoques; il humanise le Réel lacanien en le définissant comme l’inattendu alors que pour Lacan, « Le Réel c’est quand on se cogne ». Oui, tu le dis, il faut, pour vivre « la déchirure d’exister » de multiples outils, ceux que tu évoques, et j’en utilise quelques uns… « et d’autres encore ». Quid du silence pour toi?

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