comprendre

printemps-1872-r

Simple ou compliqué de comprendre ?… est-ce réellement à la portée de si peu…
Ici, je ne traduis pas, car j’aime la simplicité et la beauté de cette langue.

Knowledge is another form of possession, and the man of knowledge is satisfied with it; for him it is an end in itself. He has a feeling—at least this one had*—that knowledge will somehow solve our problems if only it can be spread, thick or thin, around the world. It is much more difficult for the man of knowledge to be free from his possessions than for the man of wealth. It is strange how easily knowledge takes the place of understanding and wisdom. If we have information about things, we think we understand; we think that knowing or being informed about the cause of a problem will make it non-existent. We search for the cause of our problems, and this very search is the postponement of understanding. Most of us know the cause; the cause of hate is not very deeply hidden, but in looking for the cause we can still enjoy its effects. We are concerned with the reconciliation of effects, and not with the understanding of the total process. Most of us are attached to our problems, without them we would be lost; problems give us something to do, and the activities of the problem fill our lives. We are the problem and its activities.

J. Krishnamurti, Commentaries on Living, Harper & Brothers, New York, 1956

* Il parle d’un homme âgé, grand intellectuel, venu discuter avec lui.

Mais pourquoi donc Monet vient-il maintenant à ma rencontre ?

Claude Monet, Printemps, 1872

6 réflexions au sujet de “comprendre”

  1. Connaissance et sagesse dont la supposée compréhension prendrait la place avec une recherche des causes d’un problème…le problème que nous sommes. Mais un accès à de prétendues causes nous donnant à croire que nous comprenons n’est-il pas illusoire? Nous sommes le problème, c’est bien vrai mais ensuite dans la connaissance, supplantée par la compréhension, n’y a-t-il pas avant tout de l’interprétation? S’interpréter en interprétant, un texte, une œuvre d’art? Connaître/se connaître dans le le sens de naître avec? Un texte riche en nuances à explorer.
    Est-ce ce geste ample, une con-naissance enveloppée par la nature et un vêtement vaporeux que réalise la lectrice de Monet au printemps?

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    1. « C’est nous qui sommes le problème et ses activités », cette conclusion (en fait, tout ce qu’il y a à comprendre… mais ce n’est pas rien !) m’évoque, non sans un léger sourire suscité par l’humour doux et sans malice de cet homme, l’image du chien qui tourne sur lui-même en pourchassant sa queue !
      Monet, je crois, a gardé au bout de ses pinceaux, jusque dans son plus grand âge, cet émerveillement du monde extérieur, propre à l’enfance et que le métier, jour après jour, lui a permis d’exprimer. Je vois ça dans la manière dont il pose la lumière, comme des pétales, sur la robe, ou dont il lisse le jeune visage, comme d’une poupée…

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  2. Peut-être que le tableau va à l’encontre du texte de Krishnamurti, s’il devait être réduit à sa conclusion (si c’en est une : j’ignore le contexte), un tableau témoignant de ce que nous ne saurions être résumés à un problème et ses activités remplissant notre vie, ce que d’ailleurs ne dit qu’une phrase du texte. Sur moi, ces lignes ont eu un autre effet : il m’a invitée à distinguer « connaissance » de « compréhension » et de « sagesse »; là fut pour moi l’ouverture.
    Dès lors qu’il ne s’agirait plus de comprendre, dans une logique causale, mais de con-naître, dans le sens qu’à pour moi le mot connaissance, c’est à dire un « flottement », un abandon au hasard d’un processus d’inter-influence (je pense à Cézanne et à sa montagne), alors, tout se simplifie…Et Monet peut bien être cette jeune femme flottant dans le lumineux printemps de sa lecture.
    Mais bien sûr, la langue française et donc la traduction rentre en jeu dans ma lecture : il n’y a pas les mêmes connotations dans knowledge que dans connaissance. Il y a plus, dans l’Anglais, une idée de savoir, or, comme le dit notre cher François Jullien, « le sage est sans savoir » et sans aucun doute est-ce vers là que s’oriente Krishnamurti.

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  3. J’avoue que moi aussi, j’avais immédiatement pensé à Cézanne et à ses innombrables Montagne Ste Vitoire et j’en ai revisualisé beaucoup en retrouvant toujours l’impression de recherche insatisfaite que j’y avais toujours trouvée. Ça c’était le côté de l’ombre que débusque le texte et qui tourmentait, je crois, Cézanne. Mais c’est le côté lumineux qu’est venu rencontrer Monet.

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  4. Et pour lever les équivoques quant au contexte, je traduis depuis le début du chapitre — je m’arrêterai au même endroit, la suite étant consacrée à la question du temps :

    C’était un homme assez âgé, mais bien conservé, avec de longs cheveux gris et une barbe blanche. Il avait enseigné la philosophie dans diverses universités de par le monde. Il était érudit et posé. Il dit qu’il ne méditait pas, pas plus qu’il n’était religieux au sens habituel du terme. Il était intéressé seulement par la connaissance, et bien qu’il fît des conférences sur la philosophie et les expériences religieuses il n’en avait pas pour sa part ni ne cherchait à en avoir. Il était venu pour discuter la question du temps.
    Comme il est difficile pour un homme qui possède d’être libre ! C’est une grande difficulté pour un homme riche de laisser son bien de côté. C’est seulement s’il a d’autres motivations plus puissantes qu’il oubliera sa confortable conscience d’être un homme riche ; il doit trouver à son ambition une nouvelle satisfaction avant de lâcher celle qu’il a. Pour l’homme riche, l’argent est puissance, et il en est l’acteur ; il peut donner en abondance, mais il est le donateur.
    Le savoir est une autre forme de possession, et l’homme de savoir en éprouve satisfaction ; pour lui c’est une fin en soi. Il a le sentiment — du moins celui-ci l’avait — que la connaissance, d’une façon ou d’une autre, résoudra nos problèmes pour peu qu’on la répande, à grande ou petite dose, à travers le monde. Il est bien plus difficile pour l’homme de savoir de se rendre libre de ses possessions que pour l’homme riche. C’est étrange comme le savoir prend facilement la place de la compréhension et de la sagesse. Quand nous avons des informations sur les choses, nous croyons les comprendre ; nous croyons qu’obtenir l’information ou avoir la connaissance de la cause d’un problème le rendra non-existant. Nous recherchons la cause de nos problèmes et cette recherche même est ajournement de la compréhension. La plupart d’entre nous connaissons la cause ; la cause de la haine, par exemple, n’est pas trop profondément cachée, mais en cherchant la cause on peut encore jouir de ses effets. Ce qui nous intéresse c’est de nous réconcilier les effets, ce n’est pas de comprendre le problème dans son entier fonctionnement. La plupart d’entre nous sommes attachés à nos problèmes, sans eux nous serions perdus ; les problèmes nous donnent quelque chose à faire, et les activités du problème emplissent nos vies. Nous sommes le problème et ses activités.

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  5. Merci René pour ces éclaircissements qui me permettent de mieux saisir qu’à première lecture que l’auteur récuse en réalité la logique causale plus que je ne l’avais cru….et privilégie la connaissance…De sorte que votre titre « comprendre » me semble plutôt de l’ordre d’un « connaître ». Très bonne journée à vous

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