balbutiement

Marc CHAGALL (1887-1985) - Il mondo sottosopra by Catherine La Rose (79)

« Les yeux de l’animal nous parlent un grand langage. Par eux-mêmes, sans l’aide de sons et de gestes, plus éloquents quand ils s’absorbent tout entiers dans leur regard, ils expriment le mystère que la nature a révélé et enfermé en eux, je veux dire l’appréhension du devenir. Seul l’animal connaît cet état du mystère, seul il peut nous l’ouvrir — car c’est un état qui peut s’ouvrir et non se découvrir. Le langage qui exprime le mystère est identique au mystère qui s’y exprime : l’appréhension, l’émoi de la créature placée entre le règne de la sécurité végétale et le domaine de l’aventure spirituelle. Ce langage, c’est le premier balbutiement de la nature sous la première étreinte de l’esprit, avant qu’elle s’abandonne à lui pour son aventure cosmique que nous appelons l’homme. Mais aucun discours ne dira jamais ce que ce balbutiement sait communiquer. »

Comme une page peut être ressentie comme belle, autant que le passage d’un félin sauvage devant vous !
Mais c’est bien au-delà de ce texte que je pense au langage humain, le plus important de nos biens communs spécifiques, à ce qu’il permet de création, si on lit — si on épouse — sa démarche singulière. Combien il peut toucher intimement, apporter de surprise, de réconfort, de liberté, ou de compassion.
Le langage, par sa danse, peut nous projeter hors de lui-même, hors de nous-mêmes, vers l’immensité de l’indicible, nous abandonner à une relation sensible, balbutiante et fragile, nous intimant à faire nos propres pas.
Le langage, c’est une esthétique, une forme d’amour qui surpasse toute guerre toute défaite. Il faut apprendre à s’en servir. Il faut l’aimer, non pour en jouir mais pour le partager. Et l’enseigner en ce sens.

Citation : Martin Buber, Je et Tu, 1923. Traduit de l’allemand par G. Bianquis, Aubier, 1969
Peinture de Marc Chagall

2 réflexions au sujet de “balbutiement”

  1. Le langage, dans le dialogue intérieur, la parole, le balbutiement engage…Il engage et engage à l’amour, comme ce texte de Martin Buber sur le regard animal et les mots qui lui succèdent ici, comme la peinture d’humanimalité de Marc Chagall. J’ai ressenti quelque chose de cela ce matin au jardin public tout proche, à admirer les oies bernaches, à prendre un bain de chants d’oiseaux et de neuves frondaisons, de fleurs aussi, tandis que se déroulaient mes mots intérieurs, langage intime. Merci, René pour cette approche dont s’en produit un écho bienvenu.

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