à l’écart

Cobb's barns and distant houses, 1931 aquarelle et crayon sur papier

Tout en lisant, je sentais la vibration souple et continue du train. J’entendais les soubresauts amortis, le roulement chuintant et ronronnant, et ma lecture nourrissait l’écheveau de ma pensée.
En même temps, j’étais averti d’une présence, toute proche. Quelque chose de vaste, très clair, et je le laissais vivre à part moi… Presque simultanément je lus dans le livre :

j’accède alors à la « transparence du matin »

J’abandonnais maintenant lecture et pensées pour ne plus que regarder le paysage qui défilait éveillé par le premier soleil. Sa présence m’avait gagné à la transparence du matin.

La citation est de François Jullien, extraite de
NOURRIR SA VIE / à l’écart du bonheur
Éditions du  Seuil, 2005

Aquarelle et crayon sur papier de Edward Hopper :
Cobb’s barns and distant houses, 1931

5 réflexions au sujet de “à l’écart”

  1. Est-ce un écart que cette présence intime au mouvement porteur et aux images qu’il te donne à contempler? »A l’écart du bonheur peut-être »…Je me rappelle pour toujours que ma vie s’est nourrie cette belle œuvre de François Jullien. Écart d’un point pour se rapprocher d’un autre…Mouvement pendulaire comme celui de la pensée chinoise…pensée quittée un temps pour cette transparence que donne à ressentir l’aquarelle de Hopper et naissent en moi des mots comme translucidité, « transluminosité » des couleusr, quelque chose qui, vraiment, se trans-met. Merci à toi pour ce que donne, en l’instant, ce que tu as publié là…Et je m’aperçois que l’idée du don est récurrente dans ces lignes que je viens d’écrire.

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  2. Et, un peu plus tard, cette phrase que j’avais encore plus ou moins à l’esprit, que j’avais aimée au point qu’elle se soit confusément déposée en moi, comme une poudre légère dans mes réminiscences, et que j’ai recherchée dans mon exemplaire de « Nourrir sa vie » pour la partager: « ce « printanier » ne dit pas l’attachement au printemps (et donc le regret qu’il passe), mais qu’on demeure contemporain de l’essor qui ne cesse d’activer la vie »

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    1. Merci de ces écarts généreux ! cette « contemporanéité » élargie ouvre beaucoup…
      L’écart, pour moi, c’est aussi la possibilité de l’autre, de ce qui est autre (ou « à part »). Et c’est également la distance qui relie, ce qui fait passage : ici le train, la lecture, l’écriture, la peinture.
      (Précision : la phrase citée se trouve p. 17, mais j’en fais une lecture qui, elle aussi, s’écarte de Zhuangzi qui la prononçait)

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  3. J’aime lire votre écho… « écot »?… Dans la mesure où, pour moi, à l’écart ou en supplément de vos deux traductions, il y en a une qui aussi m’importe : l’écart par rapport, au « trop », à la foule si l’on veut, à la trop étroite identification; j’avais animé autrefois un groupe autour de trois œuvres : la freudienne « psychologie des foules », le « Discours de la servitude volontaire » et le séminaire lacanien « L’Identification ». Je jugerais cela aujourd’hui trop théorique mais les échanges sur ces points m’ont « nourrie » et la question de l’écart, que j’y ai beaucoup fait jouer m’est resté très intime.
    Et pour préciser aussi, la phrase que j’ai citée se trouve p. 149 ed. du Seuil.
    Très belle journée à vous.

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  4. Un peu plus tard, j’ai relu avec émotion ce passage qui te parle dans tous les sens du mot, dans « la transparence du matin » et qui me parle avec la voix de cette vieillarde retrouvée qui cherche à « garder » sa » capacité vitale »

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