déraillement

traditionnelle rwandaise

Partant de rien, subtile et souple comme une liane, rapide, la corde du violon qui a touché le cœur et les nerfs du personnage a d’emblée mis en résonance l’âme du livre.

It’s always like this on Sunday mornings. I’m aroused to the sound of loud music at eight o’clock. Then frustration and dissatisfaction tear me apart, inciting me to get up and to disappear from this house forever. If there was a way, I’d not hesitate. But I am trapped.
She steps out of bed. Walks barefoot in her night dress to the dining room to tell Vijay not to switch on the radio so early on a Sunday morning.
I like to listen to classical music on the SABC before the Indian programme starts, he says without looking up from grading papers.
Nine o’clock, every Sunday morning, the neighbourhood vibrates with music. East west, north south, uphill downhill, right and left radios are heard in full blast. It is the only occasion when they listen to the latest Indian musical hits.
Miranda sits in the kitchen thumping her tail to show her appreciation, while Ariel’s tongue lolls, savouring the melody. At the end of the programme an hour later, the children storm out of their houses to play. Elisha and the dogs join them.
Premilla sits in the kitchen counting the tea leaves at the bottom of the cup. She can’t read what they predict but inwardly sees life’s emptiness.

D’une ligne à l’autre, la musique du texte passe d’une corde sur l’autre, du dialogue à la narration, d’un personnage à l’autre, des paroles aux voix intérieures sans rupture, musicalement, sur les cordes tendues. Sans guillemets, sans tirets, les voix se succèdent, se côtoient, se recouvrent, s’éteignent, resurgissent. Le texte écrit, dessine, traverse, aspire et fuit les paysages, les lieux, les époques, les sentiments, change de voies en absorbant les heurts, comme fait le train entre les segments des rails.
Plus tard, le livre et le train vont à se confondre, puis à se perdre.

Neela Govender, Premilla and the Vow, Gaspard Nocturne, 2011
Photographie de Anne Nouwynck, peinture rwandaise traditionnelle

7 réflexions sur “déraillement

  1. Ce texte est aussi fluide mais plus serein que le précédent. Belle image que celle de la plénitude de la vie vue dans la tasse de thé. la photo est tout en rails obliques, colorés, heureux dé-raillements.

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    1. Cela se révèlera être le début d’une tragédie. Dans cette apparente plénitude une femme est la victime. Le piège dans lequel elle se trouve n’est pas seulement celui d’un Etat sous le système de l’apartheid, mais aussi celui d’un groupe : la communauté indienne, celui d’une tradition, celui d’une famille, et enfin, non des moindres, celui d’un mariage, d’une condition féminine.

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  2. Je suis mal réveillée et…peu familière avec l’ anglais qui ne fut pas ma première langue : j’ai automatiquement traduit dans ma tête « emptiness » par plénitude au lieu de « vide ». SOS Héraclite qui dit les contraires semblables. Alors il faudra que je relise car l’impression de sérénité que j’ai ressentie est sans doute pure projection: du piège de l' »interprétation »

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    1. Oui, le mot qui t’a joué un tour était trop contraire à ce qu’on pouvait attendre. Les contraires sont présents. Cette famille a réussi, par un acharnement à s’élever dans sa condition, à s’installer dans ce niveau de « classe moyenne » où un apparent confort, qui n’est que celui de la consommation n’a fait que resserrer le piège. Mais j’anticipe trop lorsque je parle du train, je vais saisir ta belle intuition et changer mon titre pour le mot que tu m’offres, car c’est bien ce qui se prépare dans cette page.

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  3. Oui; le double piège de l’apartheid pour la famille et de la tradition apparaît déjà dans « Une épine d’acacia au cœur » et dans les dernières évocations qui laissent pressentir le déraillement : »j’ai marché sous les acacias, laissant les épines me piquer et pénétrer la plante de mes pieds nus. Elles ne me faisaient pas aussi mal que celle qui était enfoncée à jamais dans mon cœur ». Déjà dans l’histoire de la petite fille puis la jeune fille, l’écartèlement entre l’obéissance aux lois traditionnelles et la pulsion de vie et de savoir est sensible.

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  4. promenades ou danses entre les lignes, les mots, les langues et les notes qui font associer tant et tant sur les trajets de vie, l’avenir dans une tasse de thé ah oui…

    belle journée cher René

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