Je suis allé deux jours chez mon ami Dario. C’est étourdissant comme tout change en deux jours. J’y ai découvert la vie pleine. Non pas là-bas plus qu’ici mais c’est à l’occasion du voyage que je l’ai découverte. Une fois rentré chez moi, je la trouve ici aussi comme si elle m’avait suivi, ou s’y était installée en mon absence — Tu n’as pas besoin de pousser les murs pour faire entrer le tout-monde, me souffle une voix que j’avais déjà entendue là avant de partir. Cette vie est tellement pleine que je peux me retourner de minute en minute pour en voir une autre part, naissant à toute vitesse comme un nouveau continent à chaque descente d’avion et pourtant c’est la porte à côté je n’ai pour ainsi dire pas bougé, je n’ai fait comme d’habitude que de passer du livre au piano, du cahier à la feuille, d’un instrument ou d’une fenêtre à l’autre, d’un banc, d’un ami, d’un pays, d’une époque à l’autre en lisant, en écrivant ou même sans m’en apercevoir parce que mes yeux se sont fermés alors que j’étais assis. Il n’y a pas plus d’un instant je trouve devant moi près du piano, face à lui ou même — à la manière d’un miroir qui rassemble tout dans un même plan ce qu’il y a dans la pièce — le contenant : un fiacre, une sorte de charrette confortable qui m’attend, son cocher, c’est lui à qui je parle maintenant, prêt à m’embarquer, à me présenter la vie pleine, le tout-monde. C’est empli d’horloges de toutes sortes à l’intérieur dont on peut faire tourner les aiguilles et tinter les carillons, c’est plein de fenêtres déjà ouvertes sur des chemins, des scènes de vie, des paysages où je me rends, ou d’où je viens. Je prends cela pour un cadeau surprise de mes amis !

Hélène Duclos