La nuit mes vagabondages continuent à très grande échelle, l’espace ne se limite plus au proche ni même au lointain, à ce qui se présente autour de soi, aux sens ou à l’imagination, toutes les dimensions sont là simultanément. De ma vie de sylvestre retrouvée, des allées et venues de monsieur Nuit, des jeux de monsieur Temps, l’univers se déploie en toute liberté. Les petites intimes expériences, les familiers dialogues, les plus profonds partages, se développent et croissent à l’aventure.
Au réveil, tandis que sous la fine douche fraîche, stimulante, se reconstitue celui auquel j’étais parvenu, à prendre corps, le sujet, ou plutôt, se redonne conscience d’être un corps, parmi les autres corps, une personne parmi les autres en train de se percevoir, de se redécouvrir, de se ressentir, se reconnaître, se désirer, s’aimer, les autres, être là aussi, être quelque chose parmi les choses qui existent, être à ce point, tous, des points de départ, des points d’arrivée, retrouvant nos bagages sur le tapis roulant du quotidien, le cheval-piano, monsieur Nuit, monsieur Temps, les merles qui chantent, l’air chaud du ciel sans nuage, la rivière, le train qui passe, la tourterelle qui vole au-dessus de moi, poitrine bombée, toute ailes écartées, les cloches qui se mettent à sonner, ces masses lourdement chargées d’un son plein d’harmonies, dans le lointain, déjà disparaissant, les tourterelles roucoulant à la folie, ponctuées des merles, des moineaux, recouverts de la vague des voitures, du grondement sourd de la course au travail, haché des coups de ciseaux joyeux des martinets, je vois les feuilles écrites par le crayon se poser à l’écart comme des portées de musique et je sens le bonheur qui m’envahit, plus grand que moi, me caresse au passage, faisant sa route de l’univers.

Afifa Aleiby

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