Très modestement, sans élever la voix, le cheval-piano est en train de me donner une leçon que je n’aurais jamais prétendu demander. Il me fait poser les pattes sur un temps précis, un endroit précis qu’il a décidés, il me fait faire la marche lente dite « Place à l’Empereur » comme indiqué sur la partition. Le son qui s’en dégage ne laisse aucun doute, c’est par la Chine qu’il me fait passer. Aucun intervalle, aucune accentuation, aucune suspension ne me sont familières, je suis obligé de me soumettre à ses gestes qui font de moi un cheval de cirque entre les mains de son dresseur. Il n’a pas de fouet. C’est d’une voix intérieure, presque douce, qu’il me fait comprendre que je dois apprendre à me discipliner. Le tout est lourd, étrange, porteur d’un collectif dense, presque intime, non pas extraverti, clinquant ou agressif comme nous les vivons en occident. Mais la musique semble avoir abattu les frontières et nous inviter à un grand élargissement, des lieux comme des façons de faire. Je me laisse guider par le cheval-piano, devenu un étrange inconnu, intimidant, pour qui j’éprouve soudain un respect immense et véritablement tendre et joyeux. Je le vois maintenant à travers une brume lumineuse, comme un magicien d’Oz. Je sens qu’il me dispense, à petites doses, un peu de grain magique.

Baya

5 réflexions sur “”

  1. se repérer entre le cheval-piano et Mr Nuit qui joue du piano… j’hésite un peu…
    et puis la magie vient avec ce guide merveilleux, avec la douceur de sa voix et dans « l »intimidement » qu’il suscite
    Comme j’aimerais le connaître…

    merveilleux aussi ce tableau de Baya, graphismes tout à fait séduisants…
    mais qui est Baya ?
    envie de le connaître aussi

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      1. mais oui bien sûr… l’œuvre de ce peintre me revient tout à fait à présent, en même temps une émission écoutée à la radio (peut être sur France Culture) l’an dernier lors d’un voyage en voiture…
        Une œuvre magnifique pas encore passée dans le domaine public, donc protégée par le droit d’auteur (d’où mon interrogation…)

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    1. Chère Françoise, pour votre hésitation à vous repérer entre monsieur Nuit et le cheval-piano, il y a un billet que j’aurais dû poster la veille, si je ne l’ai pas fait, veuillez m’en excuser, c’est parce qu’il fait partie du manuscrit qui est actuellement entre les mains d’un éditeur, qui me l’a demandé (il y aura donc une version différente de toute cette histoire ébauchée ici, celle du cheval-piano). Il est sûr que ce tout petit texte manquait à votre repérage de sensible lectrice. Je le restitue donc, et le fait suivre d’un autre, d’aujourd’hui (andante cantabile, suivi de lamento).

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