Andante cantabile

Monsieur Temps et monsieur Nuit sont dans mon pas ce matin. Il y a une légèreté, un allant nouveau à notre trio. Nous sommes bien accordés. J’ai monsieur Nuit à ma gauche dans les graves, monsieur Temps à ma droite dans les aigus, je fais moi-même les médiums. Nous allons chantant. Nous nous écartons ou nous resserrons à la faveur du passage des gens qui nous croisent car bien entendu nous ne sommes pas dissociables, nous nous diffractons seulement, comme le spectre de la lumière, non pas en sept mais en trois, et nous nous chevauchons avec la plus grande aisance. Nous avons tous nos bagages avec nous, et dieu sait s’ils sont grands, ils se rassemblent sur le centre s’il le faut (lorsque je m’amuse à marcher sur une arête de trottoir ou de parapet), monsieur Nuit reprend sa place dans le sac à dos et monsieur Temps est toujours en avant à la naissance du mouvement. Monsieur Nuit au fond du sac veille sur la matière, matière lui-même il en émerge comme une boule de chair pour lui donner toute sorte de vie dans la mort.

Une réflexion sur “

  1. Trois en un, pour « chevaucher avec grande aisance », c’est tellement bien…
    j’aime cette idée de s’accompagner, se prolonger, se chevaucher
    Et allez savoir ce qu’il en émerge de l’ombre et de la lumière, « en tout cas « toute sorte de vie dans la mort »…

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