Les identités. Le crayon pâlit (il s’est évanoui, il n’est plus là). La serveuse glisse entre eux comme une sirène. Alexandre assis a le temps de lui dire, quand elle est tout près de son visage malin pointant la petite sacoche entrouverte sur son ventre, On dirait une cartouchière. Le crayon a entendu de la voix de truite arc-en-ciel fuser la réponse, Celles-là ne font mal à personne (il craint de devoir l’oublier). Son plateau au bout d’une main, chargé de boissons à l’image du plateau d’une poissonnière, son visage plein de pommes rieuses, sa trousse de brodeuse accrochée en mini-accordéon comme une ruche à enfants, ses hanches coulées dans un jean fleuri, elle est passée si près qu’il est encore comme une eau trouble, effarée, il n’écrira plus jamais c’est ce que dit le cheval au piano, une fois rentrés, heureux de prendre tout leur temps.
Le temps de se retrouver, le crayon, mort et ressuscité, pâle, insaisissable, sur le chemin de Damas ou d’une autre ville, ou du fantôme de son appartement, dans une poche inconnue, soldat qui rentre de la guerre. Il semble marcher au pas cadencé de l’histoire du soldat de Stravinski. Toute une joyeuse fanfare rescapée, cabossée, jusque dans les arbres accrochée semble lui faire fête à lui, pauvre chien. Il va falloir pourtant qu’il se relève, et qu’il écrive, lui, le petit crayon déchu du champ de bataille de la vie, et succombé au passage de la sirène. Une journée nouvelle l’attend et il veut se rendormir. Il voudrait entendre encore les échos de l’ancien monde.

Baya

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