Depuis que j’ai laissé fuir de moi à peu près toutes ces identités, c’est le soir, lorsque je suis couché, que j’essaie de me réchauffer en me roulant en boule, en caressant, frictionnant, remuant mes membres, que je ressens un peu ce que je suis maintenant : un organisme, une unité qui cherche à se reconstituer, à se retrouver, malgré l’étrangeté de ce corps, au développement involontaire, à l’origine incertaine, inconnue et pourtant comme vécue, comme un rêve de corps.
Après, quand la lumière du jour, réitérée, effacée, remplacée revient tâtonner sa place dans ce corps, il s’y fond… se laisse mouiller par la pluie — il pleut, aujourd’hui — mouiller par le regard et le frisson, juste séparé d’elle par la fenêtre. Mais cette séparation est comme son lieu de vie, qu’il lui faut investir comme une feuille blanche où peindre, dessiner ou écrire ou sur laquelle se démener comme un insecte à la recherche de sa proie ou de son avenir instinctif. Mais c’est l’hésitation qui me décide et la pluie, un moment suspendue, peut reprendre, je vais à l’affrontement.

Francis Bacon

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