hébétude

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Finalement tous ce petits personnages qui sont sortis du miroir à notre rencontre
ils ne sont pas plus bêtes que nous
même s’ils ne peuvent rien nous apprendre
et que nous ne pouvons rien non plus leur enseigner.
Du moins ils nous reposent
pendant que nous prenons leur place de l’autre côté
et que nous les observons.

Je repense à Henri Michaux
Chemins cherchés
Chemins perdus
Transgressions

Colette Reydet Petits dessins à l’encre réalisés pour un livre d’artiste, « petites vadrouilles », en duo avec Carole Penin 2016

midi à quatorze heures

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Le matin, la nuit pèse encore, elle me coule le plomb de noirceur au creux du vivre. Il doit être absorbé, métabolisé, pour que je me reprenne d’estomac, de pied en cap, pour que le soleil puisse transparaître, m’inonder, m’innerver.
C’est la repoussée d’un arbre. D’un arbre marchant, d’un homme.
A midi, Dieu s’organise en moi.
Ne vous méprenez pas, ce dieu n’a pas de nom, pas d’image, pas d’existence encore, juste un début d’organisation de toutes les affluences qui me constituent, qui viennent de vous, de vous et de vous, affluents des étoiles – une façon commode de dire : de tout ce qui me précède, pensées, actions, matières.
Voilà, il est quatorze heures.

Près de moi le livre de Marcel Conche sur lequel je m’étais endormi.

Philosopher à l’infini, puf, détail de la couverture

sensations

Marocco sept 2016

sont le compromis entre le soi et l’autre
le lieu où ça se frotte, s’affronte,
meurt et survit, peine et jouit.
Les sensations sont en nous la mer et le ciel,
la dureté, la sécheresse du feu des étoiles engouffré dans une coulée de grains de sable noyé usé cicatrisé et fondu à blanc à nouveau. Nous sommes le rejet, la bave de l’océan, la continuation de la guerre, de polemos, de la peur et de la victoire.
Nos sensations nous bercent, nous remuent, nous secouent, nous trouent et nous pansent. Et nous quittent un jour. Alors nous devenons l’autre, sans compromis.

Photographie Soaz Saahli, One year ago Marocco, miss you.

sur l’éternité

ce 17 juillet

« L’éternité occupe ceux qui ont du temps à perdre » écrivait Paul Valéry dans ses Mauvaises pensées et autres.
Je prendrai Valéry au pied de la lettre (saluant au passage Lucien Jerphagnon, le maître en saint Augustin, disant : question spiritualité, Paul Valéry ne volait pas très haut), j’irai le chercher au ras des pâquerettes. Penser l’éternité n’est donné que si vous perdez le temps.
Vous perdez le temps comme on perd les pédales, comme on dort, vous lâchez prise, la pensée perd ses griffes, elle abandonne sa proie et le temps disparaît. Oui, le temps disparaît : vous avez perdu votre temps, vous ne vous appartenez plus, vous êtes perdu car c’était vous le temps.
Perdu quand elle est retrouvée !

L’éternité c’était le temps
— Mais oui ! Le temps c’est l’éternité
Comment serait-il fait d’autre chose ?
Comment serait-elle faite d’autre chose ?

L’éternité n’est que le temps déguisé, le temps qui a retourné son manteau pour montrer toute sa magie.

Paul Valéry
Lucien Jerphagnon
Jacques Prévert
Arthur Rimbaud
Photo r.t

danse

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Mon dernier métier aura été la danse.

Moi qui ai fait tous les métiers et aucun
comme j’en suis heureux
chacun m’a conduit à l’autre, comme des traversées, des voyages.
Parfois je les gardais, au bout de mes chemins, j’en jonglais.
Je crois même, maintenant, n’en avoir perdu aucun complètement.
Ce n’est que maintenant, en dansant, que peu à peu je les perds.
Je danse avec les oiseaux, au ciel, avec leurs cris dans ma tête, avec la rivière sur ma peau, chapeauté des arbres, leurs branches à mes oreilles, je suis redevenu le nageur de l’enfance, de la prime enfance, d’avant-naître.

Sculpture de Jean Arp

orage

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Je considère mes pensées — qui tendent leurs filets dans l’océan sans fond — jusqu’à ce qu’elles remontent et prennent le large, se transforment en oiseaux, en ciel, en couleurs, en espace.
En nous est la danse, la Psyché, la part d’oiseau.
En nous la part de l’espace, de l’immensité.
Elle nous connecte aux nuages, aux racines des arbres, si nous voulons bien nous y prêter, nous faire savants, magiciens, philosophes, artistes.
Mais quel dieu nous veut-il en guerre ouverte avec nous-mêmes, en compétition entre individus coupés les uns des autres, coupés de l’immensité ? Serait-ce Vénus ou Apollon, les jaloux… Jupiter… ?
Mais je laisse mes pensées s’étaler, d’un bord à l’autre d’une feuille, glisser hors de leurs signes, tomber, s’envoler, s’accrocher aux branches, prendre les couleurs de l’air, me donner des nouvelles de l’orage.

Lithographie de Calder

bulletin

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Le ciel se colore de mauves inquiétants, de gris jaunes qui font des vagues, des labours. Le cèdre danse de toutes ses branches. De l’autre côté, à l’est, encore des lacs de lumière pure, azur, bordés de rivages sombres, surmontés d’immenses vaisseaux ventrus. Mais tout cela semble rester tranquille, finalement.
Et moi ? demandes-tu… J’accorde à tout cela autant d’importance qu’aux pensées qui parcourent mon ciel intérieur. Aujourd’hui ou ailleurs.
Mais tout change. Le vent s’est arrêté et une pluie fine tombe du côté jaune. Le côté gris se fond en violet serré qu’enjambe un arc-en-ciel. Mes pensées se mettent en ordre, vont d’un bord à l’autre, s’étalent en fluidité.

photo r.t