
Ailleurs.
La musique vous surprend, dans ce silence. Elle est si proche. Elle souffle, elle pianote, elle glisse contre vous. Derrière vous elle passe comme quelqu’un qui vient de vous frôler, une épaule sombre qui a murmuré quelque chose avant de disparaître, cachée derrière le chuintement, la dégringolade de sons boisés. Les notes répétées, rebondies, marimbas, flûtes, la famille des balafons réunie dans une grande chambre d’écho sous les bambous, face aux cordes gourmandes en fête, qui se chevauchent, s’égosillent, cavalcade de troupeaux gloussants, glissants dévalant, escaladant, éclaboussant presque à votre nez. Les petites éclosions moussues comblent d’étonnement comme si des fleurs s’épanouissaient sur la neige. Sur une grande table de bois s’étale un tapis de blancheur lumineuse. Glissades de reflets. Accents de cymbales sur des languettes vertes flexibles, pointes, chuchotis, gouttes, louches lâches, lumière roule, foule, feule. Nappe bleu ciel déployée, toutes les couleurs d’une matinée d’hiver dans un jardin vous environnent, vous touchent, vous font signe, vous emboîtent le pas, vous font danser. C’est la musique du dégel, c’est l’eau qui se régale, qui régale terre, ciel, feuillages, oiseaux et promeneurs.
Seul point commun bien sûr, le titre, avec le tableau d’Henri Rousseau


