désir

 

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Je voulais écrire le désir.
Je ne peux pas. Il ne se laisse pas écrire.
Il est craintif.
Je respecte sa crainte. Une fois qu’on l’a débusqué, qu’il a avoué sa peur, sa violence, sa noirceur, on ne peut plus le soumettre.
Il faut le laisser libre de voler. De fleur en fleur.
Jusqu’à ce qu’il trouve celle dont le parfum le retient.
Dans ses courbes, ses rondeurs, ils se fécondent,
deviennent des jardins extraordinaires.
Voilà donc une histoire pour les enfants. Ce n’est pas une vieille légende comme le père noël qui fait ses courses au magasin ou sur catalogue. Ce n’est pas une histoire du passé.
C’est une histoire du présent et du futur que révèlent l’art ou l’écriture.

Marcelle Rivier, huile sur papier, 1957, Musée de Valence

comprendre

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Nous avons besoin de comprendre c’est à dire de rassembler, de prendre dans un ensemble ce qui échappe.
Maîtriser, s’approprier, construire.
Mais comprendre c’est aussi contenir. Un ensemble comprend des éléments.
Il s’agit toujours de créer l’appartenance ou la non-appartenance.
La relation ou la non-relation.

En même temps je comprends que rien ne m’appartient — à part ce que ne tiens.
Ce que je comprends reste toujours en dehors, parce que je suis en position spéculative, c’est à dire en dehors.
Si je suis en position contemplative, je suis en dedans, dans ce que je contemple.

Je sais que je n’ai pas compris la vie.

Comprendre que je ne prends rien dans ce filet
que tout reste en dehors.
J’adorais le jeu des osselets, quand j’étais petit. On rassemblait prestement dans sa main ceux qui étaient au sol, tandis qu’on avait lancé l’autre en l’air et que la main le récupérait à sa chute parmi les autres.
Aujourd’hui j’élague des grands arbres, leurs belles branches tranchées par ma scie me font le don du miracle blanc de leur fraîche vie. Et je ne comprends rien. Cette maison trop près des arbres, elle, n’a pas de vie. Il me faudrait encore déplacer les cadres. Être nomade. Comprendre n’est pas comprendre mais établir des liens. Tous ces liens qui augmenteraient l’intelligence du monde. Ce serait la seule façon de comprendre.
Quand tout est comprendre.

photo r.t

cadres

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Tant de choses à comprendre

Le corps maternel
puis la famille
l’école
Tous les cadres
de nos apprentissages
de nos métamorphoses
Tous les cadres qui nous comprennent
en retour nous les comprenons
ils constituent notre histoire
notre structure
Et c’est pour cela
que nous savons à notre tour
préserver et construire ceux de nos enfants
Et ce ne sont pas nécessairement
ce ne sont jamais exactement
les nôtres

photo r.t

toute une vie

portrait de Jawlensky, 1909

Toute une vie pour abandonner Dieu aux orties.
Voilà. Il n’est pas tout à fait seul, loin de là.
Il est enfin éternel, ou presque. Il n’a plus besoin des hommes pour le cultiver, il va se répandre dans l’univers. Ainsi s’achève ma métaphysique, commencée elle aussi presque au début de ma vie. Ce qui est humain reste humain. Avec sa part divine, sa grâce. Cette graisse qui va s’exsuder tout au long d’une vie, et rejoindre le soleil et les orties. Une parole de papillon. Un sang de terre. Un humus d’amour. Un regard de feu. Et la chaleur du nouveau-né pour toute une vie nouvelle. Des étés, des automnes, des floraisons sans compter. Des hivers à construire et déconstruire.

Gabriele Münter, Portrait de Jawlensky, 1909

une vie

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Une vie pour abandonner Dieu.

Pour comprendre que le « livre », que la mémoire, qui nous constitue, qui nous a donné naissance et qui nous donne vie,
c’est le passé.

Pour comprendre que « l’au-delà » c’est le futur, notre futur, celui des générations que nous engendrons.

Pour comprendre que les individus que nous sommes sont des parcelles de ce temps, de ce tout, des parcelles elles-mêmes constituées de parcelles du même tout, qui lui-même n’est qu’une parcelle d’un autre tout, etc.

Pour comprendre que rien n’est fixe et que nous sommes de ce mouvement.

Jérôme Bosch, détail du Jardin des délices

énigme

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Page arrachée à un soir de rencontre

On a pu seulement être heureux, malheureux, exalté, surpris, comblé, abandonné,
on a une bonne part de responsabilité dans tout ça
mais…

Il faudrait rassembler en soi tous les morceaux de l’humanité pour se comprendre.

Francis Bacon, Femme assise

 

femme

1954

J’aime la femme, profondément. La femme existe dans mon intime existence. J’ai toujours senti confusément que j’étais né d’une femme.
Je retourne toujours en elle, celle qui m’accueille. Nous refaisons toujours naissance. Mort et naissance. Mort douce, explosion de vie.
J’aime la femme tout autant que j’aime mon autre amour, le Soleil.
Ils diffèrent totalement, pourtant. Il est tout extérieur. Je l’aime poitrine ouverte. Il m’envahit jusqu’à l’intérieur. Avec lui, je me laisse aimer.
Avec elle, je plonge au cœur du noyau de la Terre, je ne sais plus dans quel renversement, où je vois les étoiles.

Sculpture de César, 1954