Donner des nouvelles

Donner des nouvelles, c’est quelque chose qui se faisait autrefois chez nous — je veux dire dans la famille Farnaud, puisque c’est elle que j’ai aujourd’hui essentiellement dans mon souvenir de l’enfance.
C’est Lorette et Marie-Thé qui s’en chargeaient. Marie-Thé avait une écriture que j’adorais (je pense qu’elle l’a toujours), ses lettres étaient épaisses, de nombreux feuillets écrits recto-verso de cette grande, ample, rapide écriture, bondissante comme un torrent alpin et ondoyante comme la Durance (de l’époque). Autant ma mère que nous les enfants, on avait envie de se précipiter sur les enveloppes gonflées où notre adresse était inscrite avec la même écriture de croisière enchantée.rt-cuisine
Elle donnait des nouvelles de tous, de tout le long de la Durance et de la côte d’Azur, on entendait sa voix plus magique que le trésor d’Ali Baba qui nous parlait, à nous ses neveux, sa soeur, son beau-frère. L’hiver elle nous envoyait d’énormes colis de mimosas qui emplissaient la maison pendant des semaines. Maman lui répondait, lui écrivait, c’était un ballet de transhumance où nous étions tous embarqués. Quand Guillaume étant petit, et même adolescent,me disait « la famille », il aimait ce mot, et même « on fait la famille » pour dire : les câlins, j’étais impressionné, je sentais, sans y penser, quelque chose peut-être de comparable, mais qui lui appartenait.
Je vous écris de ma cuisine.
Voici la table. En même temps je regarde l’arbre dehors, un cèdre du Liban, c’est pour cela que j’habite ici.
En face de moi le banal décor de cuisine m’enchante, lui aussi. P1040764Il doit être près de treize heures, c’est le plein été. Depuis quelques années les cigales ont envahi la Drôme, P1040758c’est agréable, mêlées aux martinets, aux merles, c’est même un régal ! Jannie va se lever, elle aime rester longtemps au lit, le matin en cette période un peu lourde du huitième mois de grossesse.

P1040761