
Les joyeux cris des hirondelles ce matin ont fêté leur arrivée. A la fenêtre ouverte au soleil je suis venu les saluer. Les petites joyeuses virevoltaient. Un couple de tourterelles s’est posé sur un fil, patient et attentif.
Le ciel a changé, la chaleur profonde s’est révélée. Comme si la vie en attente était libérée.
La musique du ciel a changé. Les sifflements des merles sont devenus différents, leurs mélodies moins audacieuses et démonstratives. Les moineaux, tourterelles et corbeaux se sont comme répartis l’espace d’une symphonie plus vaste, gazouillant, sifflottant, roucoulant, des cloches dans le lointain s’égayant à présent elles aussi (sans doute un mariage). Les voitures peu présentes dans la rue reprennent leurs sillonnements. Les hirondelles, après leur parade de bienvenue reviennent se projeter en flèches, en courbes et deltas furtifs, blancs, noirs, lacets, couples-pousuites déjà, ciseaux et orbes, élégamment, sans cris.
Elles sont chez elles, grandes migratrices venues d’Afrique, du désert violent, de la Méditerrannée implacable. Fragiles petits corps vigoureux, groupes familiaux, petites communautés de villages ou de quartiers… Vous êtes chez vous — de moins en moins chez nous, humains affairés, indifférents, esprits hors sol. Mais, pire, nous les chassons, elles aussi victimes indirectes. Les martinets, à ce jour, ne sont pas revenus. Ils les précèdent très largement, d’habitude. L’été dernier, ils avaient écourté leur séjour.
Thomas Anshutz, paysage au ciel gris





