cadres

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Tant de choses à comprendre

Le corps maternel
puis la famille
l’école
Tous les cadres
de nos apprentissages
de nos métamorphoses
Tous les cadres qui nous comprennent
en retour nous les comprenons
ils constituent notre histoire
notre structure
Et c’est pour cela
que nous savons à notre tour
préserver et construire ceux de nos enfants
Et ce ne sont pas nécessairement
ce ne sont jamais exactement
les nôtres

photo r.t

toute une vie

portrait de Jawlensky, 1909

Toute une vie pour abandonner Dieu aux orties.
Voilà. Il n’est pas tout à fait seul, loin de là.
Il est enfin éternel, ou presque. Il n’a plus besoin des hommes pour le cultiver, il va se répandre dans l’univers. Ainsi s’achève ma métaphysique, commencée elle aussi presque au début de ma vie. Ce qui est humain reste humain. Avec sa part divine, sa grâce. Cette graisse qui va s’exsuder tout au long d’une vie, et rejoindre le soleil et les orties. Une parole de papillon. Un sang de terre. Un humus d’amour. Un regard de feu. Et la chaleur du nouveau-né pour toute une vie nouvelle. Des étés, des automnes, des floraisons sans compter. Des hivers à construire et déconstruire.

Gabriele Münter, Portrait de Jawlensky, 1909

une vie

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Une vie pour abandonner Dieu.

Pour comprendre que le « livre », que la mémoire, qui nous constitue, qui nous a donné naissance et qui nous donne vie,
c’est le passé.

Pour comprendre que « l’au-delà » c’est le futur, notre futur, celui des générations que nous engendrons.

Pour comprendre que les individus que nous sommes sont des parcelles de ce temps, de ce tout, des parcelles elles-mêmes constituées de parcelles du même tout, qui lui-même n’est qu’une parcelle d’un autre tout, etc.

Pour comprendre que rien n’est fixe et que nous sommes de ce mouvement.

Jérôme Bosch, détail du Jardin des délices

énigme

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Page arrachée à un soir de rencontre

On a pu seulement être heureux, malheureux, exalté, surpris, comblé, abandonné,
on a une bonne part de responsabilité dans tout ça
mais…

Il faudrait rassembler en soi tous les morceaux de l’humanité pour se comprendre.

Francis Bacon, Femme assise

 

femme

1954

J’aime la femme, profondément. La femme existe dans mon intime existence. J’ai toujours senti confusément que j’étais né d’une femme.
Je retourne toujours en elle, celle qui m’accueille. Nous refaisons toujours naissance. Mort et naissance. Mort douce, explosion de vie.
J’aime la femme tout autant que j’aime mon autre amour, le Soleil.
Ils diffèrent totalement, pourtant. Il est tout extérieur. Je l’aime poitrine ouverte. Il m’envahit jusqu’à l’intérieur. Avec lui, je me laisse aimer.
Avec elle, je plonge au cœur du noyau de la Terre, je ne sais plus dans quel renversement, où je vois les étoiles.

Sculpture de César, 1954

dans la vraie vie

Soaz Saahli Ponant

Où est-elle, la vraie vie ? Pourrait-elle être une réalité ? Depuis le temps que nous ne vivons plus que sous le regard de modèles et de miroirs. Qui en a encore, non pas une idée, mais une expérience, de ce qu’on pourrait appeler la vraie vie ? De plus en plus fréquemment cette expression vient dans la bouche de ceux qui ont conscience que, de là où ils parlent, ils ne sont pas tout à fait « dans la vraie vie ». Ils sont en réalité dans la sphère médiatique, encombrée de romans, de films et de discours, prisonniers de la jouissance cérébrale, suspendus dans la sphère du milieu, entre la vie et la mort, ayant, finalement, une aversion pour l’une comme pour l’autre, les voyant trop brutales.

Peinture de Soaz Saahli, Ponant studies, 2015

la psychanalyse

Marie Hubert, Etretat.

C’est l’été. Ma vie est pleine comme un fruit. Je ne sais quel oiseau (un merle ?) se gave d’un chant tournoyant, juteux, avide, à presque s’étouffer. En arrière-fond quand il s’interrompt les cigales moulinent patiemment leur trame comme si l’été lui-même en dépendait. Une petite baie noire s’est détachée, lourde, lisse, de la grappe où elles pendent par cinq ou six, belle comme une tomate, une prune, un grain de raisin — je ne sais quelle est cette plante qui a poussé spontanément à ma fenêtre, qui m’évoque un peu (par ses petites fleurs blanches et jaunes) la pomme de terre. L’été grandit m’emportant dans ses rondeurs, avec le panier d’abricots prêts pour la confiture, le ciel bleu où se prélassent de vagabonds nuages, et la nuit constellée. Un espace infini s’est créé, je ne résiste pas à l’expansion de l’univers, à sa perte, sa dispersion, ses destructions, ses recompositions, comment le pourrais-je ? ce sont les miennes. Les collapses, les accidents, les suicides, les piétinements, les lenteurs.
Je me suis acheminé dans ce champ du réel, à cette place, à cette place approchée, cette asymptote, de gardien du réel.

Photo de Marie Hubert, Etretat, 2015