C’est l’été. Ma vie est pleine comme un fruit. Je ne sais quel oiseau (un merle ?) se gave d’un chant tournoyant, juteux, avide, à presque s’étouffer. En arrière-fond quand il s’interrompt les cigales moulinent patiemment leur trame comme si l’été lui-même en dépendait. Une petite baie noire s’est détachée, lourde, lisse, de la grappe où elles pendent par cinq ou six, belle comme une tomate, une prune, un grain de raisin — je ne sais quelle est cette plante qui a poussé spontanément à ma fenêtre, qui m’évoque un peu (par ses petites fleurs blanches et jaunes) la pomme de terre. L’été grandit m’emportant dans ses rondeurs, avec le panier d’abricots prêts pour la confiture, le ciel bleu où se prélassent de vagabonds nuages, et la nuit constellée. Un espace infini s’est créé, je ne résiste pas à l’expansion de l’univers, à sa perte, sa dispersion, ses destructions, ses recompositions, comment le pourrais-je ? ce sont les miennes. Les collapses, les accidents, les suicides, les piétinements, les lenteurs.
Je me suis acheminé dans ce champ du réel, à cette place, à cette place approchée, cette asymptote, de gardien du réel.
Photo de Marie Hubert, Etretat, 2015






